Avant propos

Edito

Crises économiques et financières, dettes publiques, crise sociale, entraînent un sentiment de nostalgie d’une époque meilleure ou l’attente d’une ère nouvelle et salvatrice… Malgré les incertitudes et quelques constats inéluctables, les projets et succès de demain naîtront d’une seule et même philosophie : la positiv’ attitude. Alors innovons par la bonne humeur, la confiance, l’envie et prenons conscience de notre rôle à tous dans la préparation de l’avenir. Appuyons-nous sur les formidables opportunités d’un monde moderne, pour adopter une démarche positive individuelle et collective. Vivons au présent pour préparer l’avenir ensemble. Venez échanger et débattre avec nos intervenants le jeudi 19 mai 2011 Inscription en ligne sur le site www.cjd-quimper.fr Pour toute information : contact@cjd-quimper.fr

vendredi 15 avril 2011

Optimisme, mode d’emploi

 Par Yves-Alexandre Thalmann, psychologue positif et auteur de plusieurs ouvrages à ce sujet : Les gens heureux ne s’inquiètent pas de savoir si c’est vrai… ils se racontent de belles histoires (Albin Michel), Petit Cahier d’Exercices d’entraînement au bonheur (Jouvence), Petit Cahier d’Exercices pour voir la vie en rose (Jouvence)

Monsieur Thalmann, êtes-vous optimiste ?

Telle est la question qui revient le plus souvent lorsque j’interviens à propos de la psychologie positive, que ce soit dans des livres, des émissions ou des formations. Il est vrai qu’elle est légitime : du moment que quelqu’un parle du bonheur et des moyens pour le développer, le public aimerait savoir si cela lui réussit !

Alors oui, j’ose répondre que je suis globalement heureux et optimiste. Non pas que ma vie ait été épargnée par les tragédies, les séparations, les décès, les échecs, non pas que mon quotidien soit exempt de tracasseries, de contrariétés et de frustrations en tout genre. Je vous rassure, j’en ai mon lot, comme tout le monde… Mais de façon générale, je suis satisfait de l’existence que je mène. Surtout, je m’emploie à picorer les petits bonheurs là où ils se présentent.

C’est exactement ce qu’enseigne la psychologie positive, ou science du bonheur : le bonheur n’est pas un état stable de béatitude atteint une fois pour toute et à l’abri des coups durs que réserve la vie. Il se compose plutôt d’une multitude d’instants de joie et de la pratique régulière d’activités qui font sens.

Qu’est-ce que la psychologie positive ?

La psychologie positive est une discipline toute récente de la psychologie. Sa constitution en branche d’études universitaires et son appellation officielle datent de la fin des années 1990, lorsque des chercheurs décidèrent de s’intéresser non plus aux problèmes et autres troubles psychiques, mais spécifiquement au bien-être, aux émotions agréables et aux ressources des individus. C’est à Martin Seligman, spécialiste de la dépression réputé au niveau international, alors président de la prestigieuse Association Américaine de Psychologie, que revient la paternité de la psychologie positive, suite à la prononciation d’un discours fondateur en 1998. De fait, en Europe, elle est encore méconnue, à la fois du monde psy (psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes, psychiatres) et du grand public, même si elle rencontre de plus en plus les faveurs des média depuis quelques temps. La déferlante du bonheur semble avoir gagné l’Ancien Continent ces dernières années, en témoigne la multiplication d’ouvrages consacrés à ce thème…

Les rouages de l’optimisme

Imaginez la situation suivante : dans le livre de cuisine que vous avez utilisé, la recette était clairement expliquée et le niveau de difficulté annoncé comme très facile. Pourtant, le plat est un désastre ! Vous venez de rater le repas familial ! Que vous dites-vous à ce moment précis ? Suivant que vous pensez « Je suis nul, je ne sais même pas cuisiner un plat élémentaire » ou « Pas de chance, un des ingrédients ne devaient pas être frais… », vos risques de dépression ne sont pas identiques. Et vos chances de bonheur non plus. Telles sont les conclusions de dizaines d’années de recherche menées par Martin Seligman.

Lorsque quelque chose arrive, nous essayons habituellement d’en trouver la cause. Nous émettons des hypothèses, agissant comme des scientifiques en herbe. Nous faisons de même avec les agissements de nous-mêmes et de nos semblables. Un client hurle dans un magasin, nous pensons qu’il a mal été servi, ou qu’il est particulièrement stressé ce jour-là ; un ami ne nous rappelle pas alors qu’il avait promis de le faire, nous imaginons qu’il est surchargé, ou qu’il a oublié ; nous ratons la manœuvre pour garer notre voiture, nous prétextons que la place à disposition manquait, ou alors que nous sommes mauvais conducteur.

Nous fabriquons ainsi des attributions causales pour tenter d’expliquer ce que nous percevons. Martin Seligman a conclu que la nature de ces attributions jouait un rôle déterminant pour notre bien-être, principalement en cas d’échec et de déconvenue. Celles-ci se déclinent selon trois critères :

1) la personnalisation : la cause de l’échec est-elle interne, dépendante de la personne, ou alors externe, dépendant de facteurs extérieurs à elle ? Dans la situation de la recette ratée, celui qui se dit « Je suis nul, je ne sais même pas cuisiner » fait une attribution interne, alors que celui qui pense « Ce livre de recettes est très mal conçu » opte pour une attribution externe.

2) la généralisation : la cause de l’échec est-elle liée à un élément particulier ou se généralise-t-elle à un ensemble de situations ? « Je suis nul, je ne sais même pas cuisiner » est une attribution générale, alors que « Je ne suis pas doué pour faire les desserts » est de nature particulière.

3) la permanence : la cause de l’échec est-elle stable, va-t-elle perdurer ? « Je suis nul, je ne sais même pas cuisiner » est évidemment stable et ne présage rien de bon pour l’avenir, alors que « Je n’étais vraiment pas en forme aujourd’hui » est une attribution de nature transitoire.

Il apparaît que les personnes qui ont tendance à attribuer leurs échecs à des causes à la fois internes, générales et stables voient leur motivation et leur humeur chuter. De plus, si elles entretiennent l’habitude de ressasser leurs difficultés, elles deviennent très vulnérables face à la dépression, voire à d’autres maladies par suite d’un affaiblissement des défenses immunitaires.

Martin Seligman définit le style pessimiste par la propension à faire des attributions de nature à la fois interne, générale et stable en cas d’échec et l’inverse, c’est-à-dire des attributions de nature externe, particulière et transitoire en cas de réussite. Ces personnes ont tendance à penser que c’est parce qu’elles sont nulles que cela ne s’est pas passé comme souhaité, mais que c’est à cause de la chance ou des autres qu’elles ont réussi quelque chose (elles n’y sont pour rien et cela ne se reproduira pas).

Le véritable optimisme

L’optimisme se définit de façon inverse : attributions de nature externe, particulière et transitoire en cas d’échec et interne, générale et stable en cas de réussite. Ces personnes aiment se répéter que c’est parce qu’elles sont douées qu’elles ont réussi, mais qu’elles n’ont pas eu de chance quand elles échouent. Pour Martin Seligman, le véritable optimisme se joue ici : « Il ne s’agit pas […] de se répéter des idées positives à longueur de journée. En effet, nous avons trouvé au fil des années qu’un exercice de ce type ne produit guère de résultats. Ce qui revêt en revanche une importance capitale est la façon dont on réagit en cas d’échec, dont on applique la "pensée non négative". Remédier aux idées destructives que l’on a sur soi face aux revers inévitables de la vie : voilà la compétence centrale de l’optimisme. »1*

L’optimisme s’apprend

Le pessimisme et l’optimisme sont grandement le fruit d’apprentissages. Il est donc possible d’apprendre à être plus optimiste. A cette fin, la psychologie positive nous invite à devenir conscients de notre discours intérieur, en particulier de nos attributions causales, avec un accent sur celles de nature interne, générale et stable face aux événements fâcheux. La deuxième phase consiste à réfuter nos interprétations, en leur opposant des alternatives externe, particulière et transitoire.

Les travaux de Seligman montrent que l’on peut apprendre à devenir plus optimiste. Certes, certaines personnes semblent privilégiées : elles sont d’un tempérament optimiste, de naissance, alors que d’autres sont issues d’un milieu qui leur a enseigné à voir le bon côté des choses. Si vous ne vous retrouvez pas dans ces deux catégories, le travail sur les attributions causales peut efficacement modifier votre façon de considérer la vie.

L’entraînement à l’optimisme en vaut-il la chandelle ? A vous de juger, sur la base des bénéfices établis par la recherche à ce propos. En effet, il apparaît que les gens optimistes (au sens le plus large de ce terme), entre autres,
- sont davantage appréciés, car plus sociables, plus actifs, plus charitables,
- ont plus de chances de se marier, et moins de se divorcer,
- bénéficient de réseaux d’amis plus étendus, plus aptes à les aider en cas de besoin,
- se montrent plus productifs dans leurs métiers,
- gagnent plus d’argent,
- font davantage face aux difficultés,
- témoignent d’une meilleure immunité (système immunitaire plus performant),
- jouissent d’une meilleure forme physique,
- vivent plus longtemps.

1*  Seligman, Martin, La force de l’optimisme, InterEditions, 2008, pp.20-21.

 

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